Comprendre ce que je vis
Les différents profils des auteurs de violences conjugales
Il est fréquent de chercher une explication à son comportement : « il est pervers narcissique », « il a eu une enfance difficile », « il ne se contrôle pas ». Mettre un mot sur un fonctionnement aide souvent à sortir de la confusion, et à cesser de chercher ce qu’on aurait fait de travers.
Mais aucun profil n’explique la violence à lui seul, et aucun ne l’excuse. Cette page décrit les fonctionnements que les cliniciens observent le plus souvent, ce qu’ils ont en commun, et surtout ce qu’ils changent — ou ne changent pas — pour votre sécurité.
Avant de lire ce qui suit
Un profil n’est pas un diagnostic, et ce n’est pas une excuse
La grande majorité des hommes qui exercent des violences conjugales ne souffrent d’aucune maladie mentale. Ils ne sont pas « malades », ils ne sont pas « incontrôlables ». Ils entretiennent un rapport de force qui leur profite, le plus souvent sans se le formuler aussi clairement.
Le signe le plus simple : la violence est sélective. Il ne hurle pas sur son employeur, il ne casse pas les objets des autres, il s’interrompt si quelqu’un sonne à la porte. Ce qu’il « ne maîtrise pas » avec vous, il le maîtrise parfaitement ailleurs.
L’alcool, le chômage, le stress, une enfance violente sont des facteurs qui facilitent ou aggravent. Ce ne sont pas des causes : énormément de personnes les traversent sans jamais frapper, humilier ni surveiller.
Ce qu’un profil peut vous apporter
- Sortir de l’explication « c’est moi le problème »
- Reconnaître une mécanique, et cesser de la croire unique
- Anticiper certaines réactions, en particulier au moment d’une séparation
- Préparer votre sécurité en conséquence
- Trouver des mots devant un médecin, une association ou un commissariat
Ce qu’un profil ne vous apporte pas
- Un diagnostic : il ne peut être posé que par un professionnel, après avoir rencontré la personne
- Une certitude : un même homme peut relever de plusieurs profils, ou d’aucun
- Une excuse : comprendre d’où vient un comportement ne le rend pas acceptable
- Une méthode pour le faire changer : ce n’est pas votre rôle
- Une mesure du danger : un homme calme et posé peut être le plus dangereux
La question la plus utile n’est pas « qu’est-ce qu’il est ? », mais « qu’est-ce que je subis, et qu’est-ce que je fais maintenant ? ».
Les grandes tendances
Cinq fonctionnements souvent décrits
Les professionnels qui reçoivent des auteurs de violences conjugales retrouvent des fonctionnements récurrents. Ce sont des repères, pas des cases : un même homme peut emprunter à plusieurs, et se présenter autrement selon les périodes.
Pour chacun, vous trouverez ce qui s’observe de l’extérieur et ce que cela implique au moment d’une séparation — le moment le plus exposé.
1. Celui qui ne supporte pas d’être quitté
Ce que l’on voit : une jalousie permanente, le besoin de savoir où vous êtes et avec qui, des appels en rafale, des crises quand vous sortez sans lui. Il répète qu’il ne peut pas vivre sans vous. Après un épisode violent, il s’effondre : larmes, promesses, cadeaux, une phase de regret qui paraît sincère.
Ce qui se joue : une peur panique de l’abandon. La violence surgit quand il se sent lâché — un retard, un message non répondu, une soirée entre amies.
Au moment de la séparation : c’est le fonctionnement où les menaces de suicide sont les plus fréquentes — « si tu pars, je me tue », « je ne me vois pas sans toi ». Ces menaces ne sont pas une raison de rester, mais elles font partie des signaux de danger reconnus : elles accompagnent souvent une montée du risque, y compris pour vous.
C’est aussi le profil qui rend la relation la plus difficile à quitter, parce que la phase de regret rappelle l’homme dont vous êtes tombée amoureuse. Le cycle de la violence explique pourquoi cette accalmie revient, et pourquoi elle ne dure pas.
2. Celui qui se sent dans son bon droit
Ce que l’on voit : « ici c’est moi qui décide ». Une répartition des rôles qui ne se discute pas, vos décisions soumises à son accord : l’argent, la voiture, le travail, les sorties, l’éducation des enfants. Il ne se cache pas vraiment, parce qu’il trouve cela normal — et son entourage parfois aussi.
Ce qui se joue : une conviction, pas une perte de contrôle. Il n’éprouve guère de remords : il estime vous avoir « recadrée », et que vous l’avez obligé à en arriver là.
Au moment de la séparation : il ne vit pas un chagrin, il vit un affront. Les violences prennent souvent une forme administrative et judiciaire : procédures à répétition, pensions non versées, utilisation des enfants et des droits de visite, dénigrement auprès de la famille, de l’école, des voisins.
3. Celui qui manipule — souvent appelé « pervers narcissique »
Ce que l’on voit : deux visages. Charmant, drôle, apprécié à l’extérieur ; tout autre une fois la porte fermée. Un début de relation d’une intensité rare, puis une dévalorisation qui s’installe sans qu’on sache dire quand. Il nie des faits que vous avez vécus, réécrit vos souvenirs, vous fait passer pour fragile ou instable — souvent auprès de vos proches, avant même que vous ayez parlé.
Ce qui se joue : une stratégie plus qu’une émotion. La phase de regret est absente, ou utilitaire : il s’excuse quand cela sert.
Au moment de la séparation : il doit garder la main. Des retours soudainement tendres dès qu’il vous sent partir, des procédures longues, les enfants placés au milieu, parfois une plainte déposée contre vous, et un récit construit pour votre entourage. Il cherche souvent moins à vous reprendre qu’à ne pas être celui que l’on quitte.
Ce que recouvre exactement ce mot : plus bas sur cette page.
4. Celui dont la violence ne s’arrête pas à la porte
Ce que l’on voit : la violence n’est pas réservée au foyer. Bagarres, conflits au travail, conduite dangereuse, rapport tendu à la loi, consommation d’alcool ou de produits, parfois des antécédents judiciaires. Le passage à l’acte est rapide, sans phase de montée repérable.
Ce qui se joue : une impulsivité et un rapport à autrui qui dépassent largement le couple. Vous n’êtes pas la seule cible, vous êtes simplement la plus accessible.
Au moment de la séparation : c’est l’un des fonctionnements où le risque de violences physiques graves est le plus élevé, et le plus immédiat. Si vous vous reconnaissez ici, n’organisez pas votre départ seule. Le 3919 et les associations locales savent préparer une mise en sécurité, y compris un hébergement d’urgence.
5. Celui qui a déjà la preuve que vous le trahissez
Ce que l’on voit : une certitude inébranlable que vous le trompez ou le trahissez. Il ne cherche pas à savoir, il cherche à confirmer : fouille du téléphone, interrogatoires, reconstitution de vos journées, un détail anodin interprété comme un aveu. Vos démentis ne le rassurent pas, ils alimentent le soupçon.
Ce qui se joue : une interprétation du monde qui ne se laisse pas corriger par les faits. Discuter, prouver, se justifier ne fonctionne pas — et vous épuise.
Au moment de la séparation : votre départ vient, à ses yeux, confirmer ce qu’il « savait ». La jalousie de ce type figure parmi les facteurs de risque les plus sérieux de passage à l’acte grave. Les mesures de protection — ordonnance de protection, téléphone grave danger — existent précisément pour ces situations.
Ces repères s’inspirent des typologies décrites par les cliniciens qui reçoivent des auteurs de violences conjugales, en France notamment par le Dr Roland Coutanceau, et des travaux internationaux de Holtzworth-Munroe et Stuart. Les intitulés employés ici sont volontairement en langage courant : ce ne sont pas des catégories médicales.
Le dénominateur commun
Ce que ces fonctionnements ont tous en commun
Quel que soit le profil, les mêmes mécanismes reviennent. Ce sont eux, bien plus que l’étiquette, qui disent qu’une relation est devenue violente.
La violence est choisie
Elle s’interrompt quand un témoin arrive, elle reprend quand la porte se referme. Elle vous vise vous, et pas son employeur, pas ses amis, pas l’agent qui le contrôle.
La faute est déplacée
« Tu m’as poussé à bout », « si tu n’avais pas dit ça », « tu sais comment je suis ». Vous finissez par chercher ce que vous auriez dû faire autrement.
Les faits sont niés ou rabotés
Ce n’était pas si grave, vous exagérez, vous vous souvenez mal. À force, vous doutez de votre propre mémoire et vous n’osez plus raconter.
Il y a un cycle
Tension, explosion, justification, puis une accalmie où il redevient celui que vous avez aimé. C’est cette accalmie qui rend le départ si difficile. Le cycle, en détail.
Votre monde rétrécit
Les amies, la famille, le travail, l’argent, le temps à vous : tout se réduit, lentement, sans qu’aucune journée précise ne marque la bascule.
La responsabilité n’est pas prise
Des excuses, parfois beaucoup. Mais une démarche réelle, suivie, engagée sans que vous ayez eu à la demander : c’est rare.
Vous n’avez pas besoin de savoir quel homme il est pour savoir ce que vous vivez.
Le mot qui revient le plus
« Pervers narcissique » : ce que ce mot recouvre
C’est le terme le plus cherché, et le moins précis. Dans le langage courant, il désigne à peu près tout partenaire manipulateur. En clinique, la perversion narcissique est une organisation de la personnalité rare, qui ne se confond pas avec le trouble de la personnalité narcissique des classifications médicales — et ni l’une ni l’autre ne se diagnostiquent à distance.
Deux choses peuvent être vraies en même temps : le mot est inexact, et il nomme quelque chose de réel. Beaucoup de femmes l’emploient parce que c’est le seul terme qu’elles ont trouvé pour désigner une violence qui ne laisse aucune trace.
Le risque est ailleurs : passer des mois à chercher s’il « en est un », c’est continuer à faire de lui le sujet. Les comportements ci-dessous, eux, se constatent — et ce sont eux dont on parle devant un juge, un médecin ou une association.
Le love bombing : un début hors norme
Déclarations immédiates, cadeaux, attention totale, projets de vie au bout de quelques semaines. Vous n’avez jamais été aimée comme ça.
Ce n’est pas forcément la preuve d’un amour rare. C’est aussi le moment où la barre est placée très haut — et c’est à ce souvenir que vous vous raccrocherez quand tout se dégradera : « je sais qu’il peut être cet homme-là ».
Le gaslighting : vous faire douter de votre perception
Il nie des faits que vous avez vécus, affirme n’avoir jamais dit ce que vous avez entendu, déplace un objet puis s’étonne que vous le cherchiez, vous accuse d’être fatiguée, confuse, « parano ».
L’effet, voulu ou non : votre perception cesse de faire autorité, y compris à vos propres yeux. C’est souvent ce qui rend le récit si difficile à faire, ensuite, devant quelqu’un.
La punition par le silence
Plusieurs heures ou plusieurs jours sans un mot, sans explication, dans le même logement. Jusqu’à ce que vous veniez vous excuser de quelque chose que vous n’avez pas identifié.
Le silence n’est pas un besoin de recul : il a une fin — que vous cédiez — et il s’arrête d’un coup quand le but est atteint.
La triangulation : un tiers dans la relation
Une ex, une collègue, sa mère, une amie à vous, parfois vos enfants : quelqu’un est régulièrement introduit dans la relation pour vous mettre en comparaison, en concurrence, ou pour transmettre les messages à votre place.
Le hoovering : la réapparition dès que vous vous éloignez
Messages tendres, souvenirs partagés, urgence médicale, question pratique, « une dernière discussion ». Il réapparaît au moment précis où vous commencez à tenir à distance.
C’est fréquemment ce qui fait échouer un départ. Revenir n’a rien d’un échec : en moyenne, plusieurs tentatives précèdent une séparation définitive. Préparer un départ tient compte de cela.
L’inversion des rôles (DARVO)
Nier, attaquer, puis inverser les positions de victime et d’agresseur. Vous arrivez avec un reproche, vous repartez en vous excusant, et c’est lui qui a souffert.
C’est le même mécanisme qui se rejoue plus tard auprès des proches, parfois des institutions : il raconte son histoire avant vous.
Aucun diagnostic n’est nécessaire pour nommer ces comportements
Les humiliations répétées, le contrôle, les menaces et le harcèlement au sein du couple sont punis par la loi française, y compris en l’absence totale de violence physique, et y compris après la séparation.
Je ne suis pas juriste : pour un conseil sur votre situation, le CIDFF et les associations spécialisées proposent des permanences juridiques gratuites. Voir les ressources et les contacts.
Ce qui compte vraiment
Les signaux d’alerte, quel que soit son profil
Certains éléments sont associés, dans les travaux sur les homicides conjugaux, à un risque nettement plus élevé. Pris isolément, aucun ne prédit quoi que ce soit — mais chacun justifie d’en parler à un professionnel, et plusieurs réunis justifient une mise en sécurité.
Ces situations existent-elles dans votre relation ?
Cochez celles qui correspondent. Rien n’est enregistré ni envoyé : le résultat s’affiche uniquement sur votre écran et disparaît dès que vous quittez la page.
Ces situations ne relèvent pas d’un caractère difficile. Ce sont les éléments que les professionnels examinent pour évaluer un danger.
Certains des signaux cochés sont parmi les plus sérieux. L’étranglement, l’accès à une arme, les menaces de mort et les menaces de suicide font partie des facteurs de risque les mieux établis. En cas de danger immédiat, appelez le 17 ou envoyez un SMS au 114. Le 3919 répond 24h/24, gratuitement et anonymement.
Le moment du départ est le plus exposé
Quel que soit son fonctionnement, c’est lorsque vous reprenez votre liberté que le risque augmente — parce que c’est là que le contrôle lui échappe. Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas partir. Cela signifie qu’un départ se prépare, et pas toute seule.
La question que tout le monde pose
Peut-il changer ?
Oui, c’est possible. C’est rare, c’est long, et cela ne dépend pas de vous. Un changement réel ne se reconnaît pas aux promesses faites le lendemain, mais à ce qui tient dans la durée.
Ce à quoi ressemble un changement réel
- Il reconnaît les faits, tous, sans les minimiser et sans vous y associer
- Il fait la démarche de lui-même, sans que vous l’ayez demandée et sans attendre de contrepartie
- Il s’adresse à un dispositif spécialisé dans les auteurs de violences
- Cela dure des mois, voire des années, et les « rechutes » ne sont pas présentées comme des accidents
- Son comportement change aussi quand il n’a rien à y gagner, et quand vous n’êtes plus là pour le constater
Ce qui n’en est pas un
- Des excuses, des larmes, des fleurs, une longue lettre
- « Je vais changer », « laisse-moi une dernière chance »
- Une ou deux séances, abandonnées dès que vous êtes revenue
- Un apaisement qui s’arrête le jour où vous cessez de surveiller
- Un sevrage ou un traitement présenté comme la réponse à tout
La thérapie de couple est déconseillée en situation de violences
Une thérapie de couple suppose deux personnes à égalité, chacune avec sa part. Dans une relation où l’une a peur de l’autre, elle ne peut pas fonctionner : vous ne pouvez pas parler librement, et ce que vous dites en séance peut vous être reproché ensuite, une fois la porte franchie.
Les professionnels formés aux violences conjugales accompagnent chacun séparément. C’est aussi pour cette raison que je reçois les femmes seules.
Des dispositifs existent pour les auteurs qui veulent s’en sortir : un numéro national d’écoute, le 08 019 019 11, et des centres de prise en charge des auteurs de violences conjugales répartis sur le territoire. Ce numéro est pour lui, pas pour vous : vous n’avez ni à appeler à sa place, ni à l’y accompagner, ni à vérifier qu’il y est allé.
Vous n’avez pas à attendre qu’il change pour avoir le droit d’aller mieux.
Pour aller plus loin
Vous devriez aussi lire
Les différents types de violences
Psychologiques, verbales, économiques, physiques, sexuelles : les comportements, un par un.
Comprendre ma relation
Le cycle de la violence, le violentomètre, et un test pour faire le point.
Le contrôle coercitif
Les règles, la surveillance et les interdits qui réduisent peu à peu votre liberté.
Quitter la relation
Préparer un départ en sécurité, les preuves, la plainte, les mesures de protection.
Besoin d’en parler ?
Comprendre seule ce qui se joue dans une relation est difficile, et chercher à qualifier son comportement peut devenir épuisant. Je propose un accompagnement spécialisé autour des violences conjugales, de l’emprise et de leurs conséquences psychologiques.
En cabinet à Montpellier ou en téléconsultation. Premier rendez-vous gratuit et sans engagement.
Prendre un premier rendez-vous