Se protéger & partir
Préparer son départ
Un départ préparé est beaucoup plus sûr qu’un départ improvisé — et beaucoup plus solide : on revient moins souvent quand on n’est pas partie les mains vides. Préparer ne veut pas dire décider : vous pouvez tout mettre en place et choisir de rester encore des mois.
Cette page est une liste. Prenez-la point par point, dans l’ordre que vous voulez, et sans chercher à tout faire en une semaine. Si vous n’avez le temps que pour une seule chose, faites le sac.
La méthode
Qu’est-ce qu’un plan de sécurité ?
C’est l’inverse d’un grand projet : c’est une série de réponses courtes à des questions très précises, décidées à froid, pour ne pas avoir à les trouver au moment où vous aurez peur. Les professionnelles des associations en construisent un avec vous en une ou deux rencontres.
Si ça monte ce soir, je vais où ?
Une pièce de la maison qui ferme et qui a une sortie, puis un lieu à l’extérieur : un voisin, une rue éclairée, une pharmacie, un commerce ouvert.
Qui j’appelle, dans quel ordre ?
Trois numéros appris par cœur, pas seulement enregistrés : le 17, une personne de confiance, le 3919. En SMS si vous ne pouvez pas parler : le 114.
Comment je sors du logement ?
Quelle porte, quelle fenêtre, où sont les clés de la voiture, où est le double. Évitez de dormir dans une pièce dont la seule sortie passe devant lui.
Qu’est-ce que j’emporte en trente secondes ?
Le sac, le téléphone, le chargeur, les clés. C’est tout. Le reste se récupère plus tard, accompagnée.
Qui s’occupe des enfants ?
Qui les réveille, qui les porte, qui les prend s’ils dorment chez quelqu’un. Et qui peut aller les chercher à l’école si vous ne pouvez pas.
Qu’est-ce que je dis, le lendemain ?
À l’école, à l’employeur, au médecin. Une phrase préparée vaut mieux qu’une explication improvisée dans l’épuisement.
Ce plan ne doit pas être écrit là où il peut le trouver. Ni sur le frigo, ni dans les notes du téléphone familial, ni dans un carnet au fond d’un tiroir. Apprenez-le, ou laissez-le chez la personne de confiance.
Le minimum vital
Le sac prêt
Un sac de taille banale, prêt, caché ailleurs que chez vous : chez une amie, chez vos parents, dans un casier au travail, dans le coffre de la voiture d’une autre personne. S’il est chez vous, il doit ressembler à un sac de sport ordinaire.
À mettre dedans
- Vos papiers d’identité et ceux des enfants (originaux si possible, sinon photocopies ou photos).
- La carte Vitale, la carte de mutuelle, le carnet de santé des enfants.
- Un moyen de paiement à votre nom, et un peu d’espèces.
- Les ordonnances et quelques jours de traitement.
- Un double des clés (logement, voiture, boîte aux lettres).
- Un chargeur de téléphone, et si possible un vieux téléphone de secours.
- De quoi tenir deux jours : vêtements, nécessaire de toilette.
- Un objet rassurant pour chaque enfant (doudou de rechange, petit jouet).
- La liste de vos numéros utiles sur papier, au cas où le téléphone reste là-bas.
- Si vous en avez : copie du bail, des trois derniers bulletins de salaire, des avis d’imposition.
Si vous ne pouvez rien cacher chez vous
Sortez les choses une par une, à l’occasion d’un trajet normal : une photocopie dans votre sac à main un jour, un vêtement laissé « oublié » chez votre sœur un autre. Un sac se constitue très bien ailleurs, en six semaines, sans qu’aucune absence ne se remarque à la maison.
Les objets qui manquent se remarquent ; les copies, non. Si un original ne peut pas quitter la maison, photographiez-le.
Si vous devez partir sans le sac
Partez quand même. Tout se refait : les papiers d’identité, la carte Vitale, les clés. Rien de ce qui est dans ce sac ne vaut une nuit de plus dans un logement dangereux.
Si vous êtes partie sans rien, ne retournez pas chercher vos affaires seule. Vous pouvez demander à être accompagnée par la police ou la gendarmerie pour récupérer vos effets personnels.
Deux choses différentes
Les papiers à emporter, les preuves à conserver
On confond souvent les deux. Les papiers servent à vivre après : ouvrir un compte, inscrire un enfant à l’école, demander une aide. Les preuves servent à faire reconnaître ce que vous avez vécu. Elles ne se rangent pas au même endroit et n’ont pas la même urgence.
Les papiers : à emporter ou à copier
- Identité : carte, passeport, titre de séjour, livret de famille, actes de naissance.
- Santé : carte Vitale, mutuelle, carnets de santé, ordonnances.
- Logement : bail, quittances, attestation d’assurance, factures d’énergie.
- Argent : RIB, relevés, bulletins de salaire, avis d’imposition, contrats.
- Enfants : certificats de scolarité, décisions de justice éventuelles.
- Véhicule : permis, carte grise, assurance.
Les preuves : à mettre à l’abri
- Certificats médicaux, même anciens, même pour des faits que vous n’avez pas racontés.
- Photos des blessures et des dégâts, avec la date.
- Captures d’écran des messages — en gardant visible le numéro et la date.
- Récépissés de plainte ou de main courante.
- Attestations de proches, de voisins, de collègues.
- Un journal daté des faits, même les plus petits.
Où mettre tout cela ? Pas dans un cloud auquel il a accès, pas dans un espace partagé du foyer, pas dans un album photo synchronisé sur sa tablette. Le plus sûr reste une copie papier chez une personne de confiance, ou un compte en ligne créé avec une adresse e-mail qu’il ne connaît pas et un mot de passe qui ne ressemble à aucun des vôtres.
Pensez aussi à demander un certificat médical descriptif, même longtemps après les faits et même sans trace visible : un médecin, un service d’urgence ou une unité médico-judiciaire peut consigner ce que vous décrivez.
Le nerf de la guerre
Mettre de l’argent de côté sans que cela se voie
Avoir quelques centaines d’euros à soi change tout : cela paie une nuit, un trajet, une serrure, des courses. Si vos comptes sont surveillés, il faut procéder autrement — et accepter que cela prenne du temps.
Un compte à votre seul nom
Vous avez le droit d’ouvrir un compte personnel sans l’accord de votre conjoint, même mariée. Choisissez une banque différente, et faites envoyer les courriers ailleurs — ou optez pour le tout-numérique avec une adresse e-mail à vous.
Les petits restes d’espèces
Le cash arrondi sur les courses, les remboursements de santé, un objet revendu, une enveloppe laissée chez une amie. C’est lent, mais c’est invisible.
Vérifier ce qui est à votre nom
Salaire, allocations, pension : assurez-vous qu’elles arrivent sur un compte dont vous avez la maîtrise. Les prestations familiales peuvent être versées à la mère.
Ne pas créer de dettes à votre nom
S’il vous demande de signer un crédit, un bail, un contrat ou une déclaration, c’est non. Une signature arrachée sous pression peut être contestée, mais c’est long.
L’aide d’urgence
Une aide financière spécifique existe pour les victimes de violences conjugales, versée en quelques jours par la CAF ou la MSA. Comment la demander.
Une assistante sociale
Au CCAS de votre commune, au Département, à l’hôpital ou dans une association : elle connaît les aides d’urgence locales, les fonds de solidarité et les procédures accélérées de logement.
Le point le plus oublié
Le téléphone, les comptes, la voiture
On peut déménager à l’autre bout du département et rester entièrement visible. La surveillance numérique est aujourd’hui le premier moyen par lequel les femmes sont retrouvées après un départ. Faites ce ménage avant de partir si vous pouvez le faire sans qu’il s’en aperçoive — sinon juste après, depuis un lieu sûr.
Le partage de position
Vérifiez les partages de localisation actifs : la fonction de localisation familiale de votre téléphone, les applications de messagerie, les applications de navigation, les montres connectées, et les applications « contrôle parental » installées sur votre propre appareil.
Attention : couper un partage peut déclencher une notification chez lui. Si c’est un risque, attendez d’être partie — et d’ici là, considérez que vos déplacements sont connus.
Les traceurs physiques
Les petits traceurs Bluetooth se glissent dans une doublure de sac, sous un siège de voiture, dans un porte-clés, dans la poche d’un cartable d’enfant. Votre téléphone peut vous signaler qu’un traceur inconnu se déplace avec vous : regardez si cette alerte est activée.
Pensez aussi au véhicule lui-même : beaucoup de voitures récentes sont géolocalisables depuis l’application du constructeur, dont il est peut-être le titulaire.
Les comptes et les mots de passe
- Créez une nouvelle adresse e-mail, inconnue de lui, pour toutes vos démarches.
- Changez les mots de passe de vos comptes essentiels, et n’utilisez plus de mot de passe qu’il pourrait deviner : date de naissance des enfants, prénom de l’animal.
- Vérifiez les adresses de récupération et les numéros de secours de vos comptes : s’il y est encore, il peut reprendre la main même après un changement de mot de passe.
- Regardez les appareils connectés à vos comptes, et déconnectez ceux que vous ne reconnaissez pas.
- Activez la double authentification, sur un numéro ou un appareil qui n’est pas accessible chez vous.
Les comptes partagés du foyer
Forfait téléphonique au même contrat (il reçoit la facture détaillée de vos appels), compte famille d’un magasin d’applications, abonnements partagés, sauvegarde photo commune, imprimante qui garde l’historique, assistant vocal qui conserve les enregistrements. Et l’ordinateur du foyer, qui conserve l’historique même si vous naviguez en privé — parce que la navigation privée ne cache rien à un logiciel installé sur la machine.
Si vous devez consulter des informations sensibles, faites-le plutôt sur le téléphone d’une amie, à la médiathèque, ou sur le poste d’une association.
Les réseaux sociaux, vos proches, les enfants
Vous pouvez tout verrouiller et rester localisable par un détail : une photo publiée par votre mère, une liste d’amis commune, une story prise devant votre nouvelle porte, un enfant qui a une tablette, une messagerie dans un jeu en ligne.
Demandez explicitement à vos proches de ne rien publier vous concernant et de ne pas répondre à ses messages, même pour le remettre à sa place. Vérifiez les appareils des enfants : tablettes, consoles, montres, jeux connectés.
Si vous pensez qu’un logiciel espion est installé sur votre téléphone — il sait des choses qu’il ne peut pas savoir autrement — n’essayez pas de le chercher vous-même : cela l’avertirait. Mieux vaut un autre téléphone, même ancien, avec une nouvelle carte prépayée, pour vos démarches sensibles.
Ne pas rester seule
Une personne qui sait
Les départs qui tiennent sont presque toujours des départs où quelqu’un était au courant. Il ne s’agit pas de raconter votre vie à votre entourage : une seule personne, bien choisie, qui sait quoi faire.
Qui choisir
Quelqu’un de discret, qui ne le fréquente pas, qui ne vous dira pas quoi faire, et qui ne sera pas tenté d’aller lui parler. Ce n’est pas forcément la personne la plus proche de vous.
Ce qu’elle doit savoir
Que vous préparez un départ, où est le sac, qui prévenir si vous ne donnez pas de nouvelles, et le nom de l’école des enfants.
Un mot convenu
Une phrase anodine qui veut dire « appelle la police maintenant » ou « viens me chercher ». Convenez-en par oral, et de ce qu’elle doit faire exactement.
Un appui professionnel
Une association spécialisée, une assistante sociale, votre médecin, une psychologue. Eux sont tenus à la confidentialité, et ils ne se fatiguent pas : ils sont là pour ça. Voir les ressources.
Avec eux
Préparer les enfants sans les mettre en danger
Les enfants sentent tout, mais ils ne savent pas garder un secret face à un adulte qui les interroge — et ce n’est pas leur faute. Ils ne doivent donc pas être les dépositaires de votre plan.
- Ne leur dites pas la date, ni l’adresse, ni ce qui est caché où.
- Apprenez-leur plutôt des choses utiles en elles-mêmes : appeler le 17, dire leur adresse, sortir de la pièce, aller chez le voisin.
- Dites-leur qu’ils n’ont pas à s’interposer, jamais, et que ce n’est pas leur rôle de vous protéger.
- Nommez les choses simplement : « ce qu’il fait n’est pas normal, et ce n’est pas ta faute ».
- Prévoyez un objet rassurant en double, pour qu’il soit déjà dans le sac.
- Prévenez l’école une fois partie : qui a le droit de venir les chercher, et qui n’a pas ce droit.
- Si une décision de justice existe, déposez-en une copie à l’école et à la crèche.
- Les enfants exposés aux violences sont des victimes : dites-le aux professionnels qui les suivent.
Faire le point
Où j’en suis
Cochez ce qui est déjà fait. L’objectif n’est pas d’avoir tout coché : c’est de voir, en un coup d’œil, ce qui reste à mettre en place et par quoi commencer.
Cochez ce qui est déjà fait
Rien n’est enregistré ni envoyé : le résultat s’affiche uniquement sur votre écran et disparaît dès que vous quittez la page.
Vous n’avez pas besoin d’avoir tout coché pour partir. Vous avez besoin de savoir où vous dormez ce soir, et que quelqu’un le sache aussi.
Pour aller plus loin
Et ensuite ?
Une fois la préparation lancée, deux questions restent : par quel chemin partir, et comment évaluer le risque du moment où vous partirez.
Comment partir ?
Où aller, faire partir l’auteur plutôt que partir, et les réponses aux « oui, mais… ».
Séparation et danger
Les signaux de danger grave, l’ordonnance de protection, le téléphone grave danger.
Construire votre plan à deux
Un plan de sécurité se construit mieux à voix haute qu’en lisant une liste. C’est quelque chose que l’on peut faire ensemble, en une ou deux séances, sans que vous ayez décidé de quoi que ce soit.
En présentiel à Montpellier ou en téléconsultation. Première séance gratuite.
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